Le président bolivien Evo Morales a annoncé dimanche sa démission après trois semaines de vives protestations contre sa réélection à un quatrième mandat, l’armée, la police et l’opposition réclamant son départ.

Lâché par l’armée et la police, le président bolivien Evo Morales démissionne

«Je renonce à mon poste de président», a déclaré à la télévision le leader indigène de 60 ans, au pouvoir depuis 2006, au terme d’une journée marquée par de nouveaux affrontements entre manifestants et forces de l’ordre ainsi que des démissions en série de ministres et députés.

En trois semaines, la vague de contestation a fait trois morts et 383 blessés.

L’annonce dans la matinée par le président d’un nouveau scrutin – une option qu’il rejetait jusque-là – visait à «pacifier la Bolivie» mais n’a pas réussi à apporter le calme.

L’armée a ordonné «des opérations militaires aériennes et terrestres pour neutraliser les groupes armés qui agissent en dehors de la loi», a indiqué le général Kaliman, en référence à des attaques violentes contre des bus de manifestants de l’opposition qui se rendaient à La Paz.

Visé par des manifestants qui ont incendié sa maison à Potosi (sud-ouest), le président de l’Assemblée nationale, Victor Borda, a démissionné, imité selon la télévision bolivienne par une dizaine de députés.

Peu après, le ministre des Mines, César Navarro, a également renoncé à son poste, disant vouloir «préserver (sa) famille» après l’incendie de sa maison et l’agression de son neveu.

«Le cours des événements va à l’encontre de mes principes personnels, ainsi que de mes valeurs spirituelles et démocratiques», a aussi écrit le ministre des Hydrocarbures, Luis Alberto Sanchez, dans sa lettre de démission publiée sur Twitter.

Durant la journée, plusieurs dirigeants de l’opposition avaient exhorté le chef de l’État à lui aussi démissionner.

«S’il lui reste une once de patriotisme il devrait se retirer», avait plaidé le centriste Carlos Mesa, candidat malheureux au premier tour de la présidentielle du 20 octobre.

«Evo Morales a brisé l’ordre constitutionnel et doit démissionner», avait renchéri Luis Fernando Camacho.

Le président avait promis de «renouveler l’ensemble des membres du Tribunal électoral suprême (TSE)», puis «convoqu(er) de nouvelles élections», sans spécifier la date de ce nouveau scrutin, ni s’il s’y représenterait.

L’Organisation des États américains (OEA) avait demandé dimanche matin l’annulation du scrutin, entaché d’irrégularités selon elle.

Elle appelait aussi à la convocation d’un nouveau scrutin avec comme garantie nécessaire «la composition d’un nouvel organe électoral», par allusion au TSE, dont sept membres ont été visés dimanche par des poursuites du parquet pour participation présumée aux irrégularités.

Le secrétaire d’État adjoint américain chargé de l’Amérique latine, Michael Kozak, a demandé dans un tweet à l’OEA d’envoyer une mission en Bolivie pour s’assurer que les nouvelles élections soient «libres et justes, et le reflet de la volonté du peuple bolivien».

Le scrutin du 20 octobre avait abouti à la réélection d’Evo Morales pour un quatrième mandat jusqu’en 2025, une option pourtant rejetée par la population lors d’un référendum en février 2016 (…)

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